Archive for décembre, 2009

Bébé a le hoquet

Aujourd’hui, on m’a recommandé le blogue de Marianne Prairie, une moquette-coquette-future-maman. J’ai adoré, voici le lien : Ce que j’ai dans le ventre.

Ça m’a donné envie de raconter un peu ma grossesse africaine. De parler de ce petit être qui grouille de vie dans mon bedon. Le sait-il, que je l’ai trimballé à l’autre bout du monde?

Il entend quotidiennement du Bambara, il goûte aux saveurs de la cuisine malienne, il écoute la voix de son papa, retourné au bercail, sur Skype… tout ça lui semble probablement normal.

Depuis quelques jours, il a le hoquet. Pauvre petit, mon ventre fait des soubresauts pendant de longues minutes, plusieurs fois par jour.

J’ai lu qu’à partir d’à peu près maintenant, il peut pleurer. C’est silencieux, évidemment, puisqu’il n’y a pas d’air dans ses poumons. Mais des recherches ont montré que s’il entend un bruit très fort ou s’il est inconfortable, le fœtus pleure. Sa bouche s’ouvre, ses muscles faciaux se contractent, il fait tous les mouvements d’un bébé à consoler. Quand les gens parlent trop fort, je mets ma main sur mon ventre, comme pour apaiser le tout.

Il se tient beaucoup à gauche. Parfois au centre, mais très rarement à droite. Un bébé politisé?

Je pourrais parler de lui pendant des heures. Mais bon, je suis consciente que ces petites anecdotes n’intéressent pas tout le monde. D’ailleurs, ne pas avoir accès aux ressources habituelles, cours prénataux, aqua-future-maman et cie, me manque un peu. J’aimerais bien pouvoir échanger avec d’autres enthousiastes qui comprennent que « je suis à 27 semaines », c’est trèèèèèès différent de « je suis à 22 semaines. »

J’ai rencontré une française enceinte dans la piscine d’un hôtel à Ségou. Une pilote de brousse basée à Kinshasa, qui vient d’arrêter de travailler, à 7 mois de grossesse. On a jasé un peu. Dire que certains me trouvaient courageuse de venir au Mali enceinte! Je me suis trouvée pas mal pépère, avec ma job de bureau.

Seule avec mon bedon, je fais quand même du yoga, grâce à Amazon qui a posté un dvd à Montréal, dvd qui a par la suite transité par Casablanca, dans les bagages de l’amoureux, pour enfin aboutir à Niono. En tout cas, ça fait réagir bébé. Il adore ou il déteste? y’a que lui qui le sait. Une chose est sûre : la période de relaxation, en fin de séance, n’est pas très évidente. Un petit garçon qui danse le yéyé dans les entrailles, ça décoche plus de fous rires que de lentes et profondes respirations!

****************************************************************************

Les occidentaux en Afrique vivent toute sorte de chocs culturels. Après mes deux séjours précédents en brousse,  pas d’eau courante, pas d’électricité, à manger à la main et aller à la toilette sans papier cul, je croyais en avoir un peu fait le tour. Ce séjour-ci, dans une belle maison climatisée me semblait tout à fait banal. Mais voici que mon état m’en fait encore découvrir.

Il faut dire, qu’au début, les Maliens étaient sceptiques.  Une toubabou enceinte en Afrique? « Mais non voyons, tu n’es pas enceinte, tu es seulement grosse! » fait partie des délicatesses entendues. Avec le bedon qui s’arrondit de jour en jour, les gens commencent à me croire.

Mais ici, être enceinte demeure plutôt banal, un peu tabou. Sous les grands boubous, on distingue peu les ventres qui s’arrondissent. Les femmes  ne ressentent pas la nécessité d’en parler ni d’exhiber leur état. Avoir un enfant s’inscrit dans la continuité de la vie, est loin d’être le grand chamboulement qu’on imagine chez nous. C’est naturel, ça va, ça vient, les bébés naissent, grandissent, deviendront un jour parent, c’est le cycle normal. Pas de quoi en faire tout un plat. Et s’ils avaient raison? Probablement en bonne partie, mais c’est quand même plus chouette de profiter de ces beaux moments!

Après mon échographie à Bamako, j’ai dit à mon chauffeur que nous savions désormais si c’était un petit garçon ou une petite fille. « Ah, d’accord », fut sa réponse. « Et tu ne veux pas savoir c’est quoi? », « Euh… je ne sais pas. » Ce n’est pas dans l’ordre des choses d’obtenir cette information avant la naissance. Même réaction des autres maliens au bureau. Seul mon collègue Afghan a démontré un peu d’enthousiasme. Il m’avait d’ailleurs prévenue, dans son anglais-pachtoune : “If you have girl, you should to bring sweets. And if you have boy, you should to bring too much sweets!” J’ai dit que d’accord, mais qu’on adapterait la tradition afghane à la réalité québécoise, garçon ou fille, j’allais amener « too much sweets ! »

Même chose pour le prénom. Au Mali, on baptise sept jours après la naissance. C’est à ce moment seulement que le bébé hérite du prénom d’un grand-parent, d’un oncle ou d’une tante, d’un proche décédé récemment, bref, d’une personne significative dans l’entourage. Les mêmes prénoms reviennent donc à toutes les générations. Un Malien m’a dit qu’il trouvait très drôle le phénomène des « junior » qui existe chez nous (surtout aux États-Unis, ai-je précisé!) « Mais qui aurait l’idée de donner son propre nom à son enfant, c’est complètement égoïste! Il faut honorer quelqu’un, pas s’honorer soi-même. »

Bref, je ne me fais pas demander comment va la grossesse, comment s’appellera le bébé, si on connaît son sexe, et encore moins si on peut toucher mon ventre. Je sais que chez nous, certaines futures mamans sont agacées de trop en entendre parler, mais l’inverse n’est franchement pas mieux. Vivement le retour avec le gros bedon pour épater la galerie pendant le temps des fêtes!

Publicités

Comments (5)