Archive for octobre, 2009

De l’usage du clignotant et autres subtilités africaines

Nos chauffeurs maliens usent beaucoup leurs clignotants. Pour faire un virage à gauche ou à droite, c’est plutôt facultatif, mais quand on croise un véhicule sur la route, particulièrement si c’est la nuit, on clignote. L’autre clignote aussi. Ça veut dire : je t’ai vu. Si la chaussée est mince, ça peut aussi vouloir dire : ralentis et range toi un peu, je passe. Ou bien : tu peux y aller, je vais ralentir et me ranger. Faut deviner, dans tous les cas on clignote de la même façon.

Mon eau est de marque « Tombouctou ». Tombouctou est en bordure du Sahara. Le Sahara, c’est un désert.

Pause bibittes :

Je suis sans pitié avec les moustiques, porteurs de malaria. En fait, il s’agit de sournoises petites bestioles qui ressemblent à des maringouins et qui ne font pas de bruit. On dort sous une moustiquaire (oui, c’est féminin) pour se protéger la nuit. Les moments les plus critiques sont au souper, ou à la tombée de la nuit, quand ils sont particulièrement voraces. Je les écrase entre mes mains.

J’écrapoutis avec plaisir les fourmis : comment savoir si ce sont celles qui piquent quand on marche dessus? Vlan, un coup de gougoune et un danger de moins.

Je me suis surprise à assassiner cruellement les quelques rares et inoffensives blattes qui se sont pointées le nez chez nous (on en a moins que dans la somptueuse villa des filles d’Occupation double). Mon karma en a un peu peu souffert, mais rien pour m’empêcher de dormir.

Les grillons me laissent perplexe : leur anatomie est si complexe que je n’ose pas m’arroger le droit de les détruire.  Un collègue a trouvé une technique pour les endormir en leur tapant dessus pas trop fort avec un morceau de tissus. On les attrape ensuite par les pattes arrières et on les jette dehors.  Les Maliens, eux, les mangent, frits et salés, un peu l’équivalent de notre bacon, j’imagine. Je n’ai pas goûté.

Mais que faire avec les mini-crapauds? On a toute une colonie d’amusantes grenouilles qui vivent dans les fossés aux abords de notre rue. Elles sont très jolies malgré leurs yeux globuleux qui nous observent, sautent très hauts et ressemblent à des personnages de dessin animé. Elles se reproduisent et fouille moi comment, des bébés se retrouvent dans notre douche. Ils sont minuscules, parfois moins d’un centimètre cube et ils sautent partout, apeurés quand on s’en approche. Top cute.

La rue entre la maison et le bureau. Sur les abords : des fossés peuplés de sympathiques grenouilles.
La rue entre la maison et le bureau. Sur les abords : des fossés marécageux peuplés de sympathiques grenouilles.

Sagesse africaine : l’argent, c’est le nerf de la guerre, mais pour l’obtenir, c’est la guerre des nerfs.

Dans ma maison et au bureau, on a un beau plancher en prélart aux motifs de plancher de bois franc. Tout y est, même les nœuds du bois. Par contre, comme l’installation de tout est ici approximative, il s’agit d’un recouvrement de plastique flottant, soulevé et gondolé sur la plupart de sa surface.

Entre Ségou et Niono, on traverse le fleuve Niger en empruntant l’imposant barrage de Markala. Le hic : c’est le seul pont. Parfois, il faut donc le partager avec un troupeau de vaches que des bergers peuls conduisent de je ne sais où à je ne sais où. Les Peuls ont parfois beaucoup d’animaux et je les compte désormais en durée. Celui là, par exemple, avait environ 45 minutes de vaches.

Attente de 45 minutes au barrage de Markala. À remarque, la cargaison de pastèques sur le toit de la Sotrama devant. C'est la saison.
Attente de 45 minutes au barrage de Markala. À remarquer, la cargaison de pastèques sur le toit de la Sotrama devant. C’est la saison.

Une banale nuit de mardi à mercredi. Quatre heures du matin. Odeur de brûlé et branle-bas de combat. Notre chauffe-eau, situé au dessus de la douche, vient d’exploser. Ai-je dit que l’électricité est, comme le reste, approximative? J’espère que les bébés grenouille n’ont pas trop été traumatisés. Depuis, le chauffe-eau calciné est à côté de la chaise du gardien de notre maison, qui l’utilise comme repose-pieds.

En 2001, j’ai constaté que les arbres que j’avais plantés en 1992, au milieu d’un vaste espace vert, avec le président de la république, en présence de la télé nationale, avaient été rasés pour faire place à un bel échangeur moderne. En 2009, cet échangeur est à mi chemin entre un carrefour plutôt défoncé et un espace de stationnement. Par contre,  des fromages Babybel, on en vendait au Mali au printemps 1992, à l’été 2001, à l’hiver 2009 et on en retrouve toujours à l’automne 2009. La boule de cire rouge qui finit par devenir collante et tacher tout ce qu’on touche à force de jouer avec  est devenue symbole de continuité de mes périples africains. On a les repères qu’on peut!

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Na duminiké

Et puis, la vie au Mali? J’ai troqué le confort de l’hôtel (piscine, restaurant, télé, clim), contre celui plus rudimentaire de la maison de brousse. Échangé les 3 heures de route quotidiennes contre 3 petites minutes de marche entre le bureau et la maison. Le quotidien s’installe tranquillement… Aujourd’hui : « na duminiké », c’est-à dire, en Bambara, « Viens manger! »

Notre maison

Notre maison

La production de nourriture au Mali est saisonnière, la transformation quasi inexistante et les importations aussi limitées que chères. À Bamako, il y a deux épiceries où tous les toubabous finissent par aboutir : La Fourmi et Azar. Loin d’être des hyper marchés nord-américain, il s’agit plutôt d’épiceries comparables au petit marché local d’un village québécois, celui qui ferme à 17h, dont les proprios sont eux-mêmes caissiers  et tentent de survivre malgré l’empire des IGA et Métro de ce monde. La Fourmi et Azar sont tenus par des libanais et on y trouve tout de même de quoi bien vivre : céréales, yogourt, vins,  épices, fromages, charcuteries et divers produits européens. À prix fort.

Dès qu’on quitte la capitale, il faut se rabattre sur les « alimentations » locales. À Ségou, on peut y trouver des biscuits LU, des olives, des conserves de thon et du Nutella, mais sinon, c’est vraiment limité. Pas d’épices, pas de produits frais, rien dans le frigo si ce n’est des boissons gazeuses. Pas de quoi préparer un repas digne de ce nom.

Reste les marchés locaux. Un jour par semaine, c’est la cohue. À Ségou, c’est le lundi que ça se passe. Le dimanche soir, les pirogues et pinasses (à deux étages s’il-vous-plaît) débarquent en ville avec leur cargaison. À Niono, c’est le dimanche. Ce jour-là, tous convergent vers la place publique où des madames colorées vendent… à peu près toutes les mêmes produits. En ce moment, ce sont les tomates, les courges et les pastèques. Peu de laitue, pas de carottes, pas de betteraves. Quelques bananes. De moins en moins d’oranges. La bonne nouvelle, c’est que le tout est frais, souvent bio (par défaut) et cueilli lorsque mûr et savoureux. L’autre bonne nouvelle, c’est qu’en novembre, il y aura beaucoup plus de variété puisque ce sera la saison des récoltes.

Une pinasse à Ségou, déchargée de sa cargaison en vue du marché hebdomadaire

Une pinasse à Ségou, déchargée de sa cargaison en vue du marché hebdomadaire

Alors on s’approvisionne comme on peut : courses à Bamako lorsque possible, débrouille à Ségou entre temps et marché de Niono pour les produits frais. Je peux aussi compter sur une petite réserve personnelle : j’ai rempli mes bagages à pleine capacité – il me fallait prévoir, trois mois à l’avance, les envies alimentaires de femme enceinte qui pourraient survenir en brousse! Sachets de soupe miso, pot de Cheez Whiz, Mini-Wheats et sauce pour curry sont du nombre.

Malgré tout, je suis gâtée. À notre maison de Niono, nous avons hérité d’un excellent cuisinier qui a fait ses classes en travaillant à l’ambassade française. Ça demande quelques ajustements – on souhaite souper avant 21h SVP et on préfère la salade avant le plat principal – mais nous sommes choyés de l’avoir parmi nous. Il fait le service et on a une bonne qui nettoie ensuite. C’est comme être au resto chaque jour. Potages de courgettes, poissons braisés, pommes de terre sautées, quiches, salades de fruits… je ne mourrai pas de faim au Mali.

(Ça manque quand même de crème glacée!)

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Balade du samedi

Samedi de repos… Une balade en voiture jusqu’à Ke-Macina.

Dans les rues de Ke-Macina

Dans les rues de Ke-Macina

Vous croyiez que le Mali était désertique? Nous sommes en plein secteur irrigué... Ici, une plaine innondable entre Markala et Ke-Macina.

Vous croyiez que le Mali était désertique? Nous sommes en plein secteur irrigué... Ici, une plaine innondable entre Markala et Ke-Macina.

Le marché hebdomadaire de Ke-Macina. Étant situé au bord du fleuve Niger, les commerçants s'y pointent en pirogue.

Le marché hebdomadaire de Ke-Macina. Étant situé au bord du fleuve Niger, les commerçants s'y pointent en pirogue.

Des poissons séchés. Appétissant?

Des poissons séchés. Appétissant?

Rue bordée de grands arbres. Un joli héritage laissé par la colonie française.

Rue bordée de grands arbres. Un joli héritage laissé par la colonie française.

Il me faudra bientôt faire une escapade photo à Niono. C’est toujours plus facile de sortir l’appareil quand on se sent touriste, ce qui était le cas à Ke-Macina!

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Échographie de brousse

Je ne sais pas si c’est mon rond bedon qui me rend plus sensible à cette réalité, mais je constate qu’il y a des tonnes de cliniques de gynécologie au Mali.

À Bamako, je suis suivie par une gentille gynécologue malienne qui a fait ses études en Belgique. Je me suis pointée à la clinique à mon arrivée et on m’a donné un rendez-vous pour le lendemain. Bien sûr, le coût de la consultation – 15 000 CFA (38$ CAN) pour une étrangère, 10 000 CFA pour les citoyens maliens – n’est pas à portée de toutes les bourses. Mais tout de même, quand on compare aux péripéties que vivent certaines femmes à la recherche d’un gynécologue au Québec, c’est rafraîchissant. À noter : les centres de santé communautaires sont beaucoup moins cher que cette clinique privée. À Sampara, ça coûtait moins de cinq dollars pour un accouchement avec la sage-femme.

Maintenant déménagée à Niono, j’ai vite remarqué les affiches de cliniques privées mentionnant « Laboratoire – Analyses – Échographie ». Il y en a au moins deux et je me suis promis de visiter celle qui annonce un certain Dr Boucher (un médecin français? Ici? On a à peine l’électricité une heure sur deux. )

Puis hier, un de mes collègues, malien, m’a dit qu’il a un cousin, médecin à l’hôpital local, en charge des échographies. Bref, un troisième endroit qui a une machine à échographies à Niono. Pas mal pour un gros village de brousse.

Petit rappel historique montréalais : au premier rendez-vous de suivi de grossesse, le médecin calcule la période où il sera propice de faire l’écho du deuxième trimestre. Elle transmet l’info à l’hôpital. Quelques semaines plus tard, à 7h du mat, une pas-du-tout-sympathique secrétaire me téléphone en disant : « Votre rendez-vous est le 20 octobre à 10h30, les enfants ne sont pas admis, on ne rappelle pas pour vous le rappeler, soyez-là sinon on ne peut pas le remettre. » Et elle raccroche.

Hier, je me suis dit qu’on n’a jamais trop de ressources locales et nous nous sommes pointés chez le cousin en question qui écoutait la télé dans son salon. Et la famille, ça va? Et au Canada? Oui oui, tout va bien là-bas (!). Il m’a dit que oui, il fait les échographies ici et m’a demandé si je voulais en faire une. Maintenant. Euh… d’accord? (Après tout, c’est aujourd’hui, le 20 octobre!) Quelques pas jusqu’au bâtiment voisin, il déverrouille la salle et la porte s’ouvre sur… une rutilante machine allemande de 2006, propre et toute équipée. Prise USB pour sauvegarder les photos et tout. Si ça se trouve, plus moderne que Sacré-Cœur.

Le bébé bougeait ses petites mains, on a calculé son âge en mesurant son os de la cuisse et son crâne, le médecin a vérifié tout le reste et tout va bien. Je n’ai pas voulu connaître le sexe (j’attends la visite du papa, en novembre), mais voir ce petit être vivant, tout calme et proportionné comme un vrai bébé, était émouvant. Mon nouveau coeur de maman, inquiété par le long voyage, en a été rassuré.

Et la consultation docteur, ça coûte combien? Ah ben euh… une autre fois. C’est mon cousin et comme vous êtes ici et que vous êtes enceinte… Et s’il y a quoi que ce soit, appelez-moi hein!

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Niono Express

Des nouvelles de Niono. Je connais encore très peu la ville, mais comme on s’habitue vite à tout, voici mes premières impressions, brutes et naïves, sur cette ville qui m’accueillera pour les prochains mois.

En partant de Ségou, direction Nord, on traverse plusieurs villages. Un jour, dans ma vie, j’ai appris le nom de toutes les municipalités entre Chandler et Pointe-à-la-Croix (aller une fois par mois chez l’orthodontiste à Rimouski a beaucoup aidé). Un peu plus tard, ce fut les stations de métro de la ligne orange, puis de la ligne verte. J’ai longtemps essayé de retenir le nom des villages entre Saint-Léonard et Campbelton… mais j’avoue que je ne fais toujours pas la différence entre Glencoe et Adams Gulch. Désormais, je m’attaque à ceux entre Ségou et Niono. J’en ai déjà retenu deux : Minimana et Laminibougou. Il y a aussi Markala, avec le grand barrage et puis l’autre minuscule village dont j’oublie le nom, tellement petit que la pancarte de début du village direction nord et celle direction sud sont dos à dos, sur le même poteau.

Puis on arrive à destination. Niono, c’est un genre de Natashquan malien : la route finit là. Enfin, le goudron, comme on dit ici pour une route pavée, parce que plus loin, il y a quand même des pistes dans la brousse.

À l’entrée de la ville, le goudron est bordé de grands palmiers. À vrai dire, ça ressemble exactement à des palmiers, sauf que ce n’en est pas (ils ne produisent pas de noix de coco). J’ai demandé à mes collègues maliens pourquoi on ne faisait d’ailleurs pas pousser de palmiers au Mali. Ils m’ont répondu que ben euh… y’a pas la mer. Me voilà plus instruite.

Alors cette route, à l’ombre des faux palmiers, est superbe. Je l’ai baptisée secrètement Sunset Boulevard. Ai-je besoin de mentionner que les coucher du soleil y sont spectaculaires? Une grosse boule orangée qui flotte au dessus de la savane.

Sunset Boulevard... au milieu de l'après-midi. En fin de journée, c'est beaucoup plus animé!

Sunset Boulevard... au milieu de l'après-midi. En fin de journée, c'est beaucoup plus animé!

Sur Sunset Boulevard, en fin d’après-midi, c’est la cohue. La chaleur étant moins accablante, les gens partent de Niono (la grand’ ville) pour retourner dans leurs villages – ceux dont j’essaie d’apprendre le nom. On partage donc la voie avec des charrettes bringuebalantes, des chèvres qui se courtisent, des vaches pas pressée, des madames qui transportent tout et n’importe quoi sur leur tête et, surtout, des tas d’écoliers qui pédalent. C’est la première fois que je vois autant de vélos au Mali.

Ça fait du bien, après le tourbillon poussiéreux de Bamako où la route est plutôt envahie par les motos. On les surnomme Jakarta, elles sont chinoises et comme la folie des motos est plutôt récentes, elles ne tombent pas trop en ruine… pour l’instant, mais n’en polluent pas moins. À Niono, les gens ont un peu moins de sous alors le bon vieux vélo fait la job. Il faut dire que les transports en commun ne semblent pas trop nombreux dans le coin. Il y a des pousseux tout le long de la route. En fait, le seul « sotrama » (véhicule collectif) que j’ai aperçu affichait, en grandes lettres peinturlurées : Air Niono. Sympa.

Alors voilà, c’est la route de Niono. C’est pas mal tout ce que je connais du coin  puisqu’on se tape plus de 3 heures de déplacement à chaque jour pour se rendre au bureau. Eh oui, me voici transformée en madame blanche dans un VUS climatisé.

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