Archive for mai, 2009

Vision pas mondiale

Je me suis souvent demandée, durant mes pérégrinations africaines, comment fait Vision Mondiale pour dénicher autant d’images d’enfants qui inspirent la pitié. Pas que le quotidien africain soit si facile, non. Mais tout de même, il me semble que pour un enfant, le Mali est plutôt un endroit agréable.

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Bien sûr, il y a Fata, 2 ans, et son nez qui coule. J’avoue que ça fait pas très propre, de la morve d’enfant. Quelqu’un a une caméra qu’on la parraine, cette misérable fillette abandonnée?

La même Fata qui riait aux éclats quand sa grande soeur Batouli lui faisait des grimaces. Qui s’endormait sur les genoux de sa maman pendant que celle-ci brodait. Qui se dépêchait de venir me rejoindre sous ma moustiquaire le matin pour jouer avec moi, puis qui se levait spontanément et s’en allait tout bonnement quand elle avait mieux à faire ailleurs. Fata et ses grands yeux brillants. Fata et son sourire intelligent. Ah oui… Fata et sa sempiternelle morve sous le nez.

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Il y a Mariam, 3 ans, et ses vêtements encrassés et déchirés.   Mariam qui se jetait sur nous et que l’on repoussait de temps en temps parce qu’elle était trop sale. On se disait que la pauvre petite, elle ne devait pas comprendre pourquoi parfois on la cajolait et parfois non. Elle insistait tellement, riait et jacassait en peul, nous suppliait de la prendre. On finissait par céder. Jusqu’au jour où quelqu’un nous a traduit ce qu’elle nous disait vraiment et qui se résumait par « Haha, je suis toute sale et je vais toute te salir toi aussi! » Et Mariam de se rouler par terre, de déchirer encore plus sa robe et de se ruer vers nous en riant aux éclats pour qu’on la prenne dans nos bras…

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Il y a Sambari, 4 ans, que l’on gaverait de ritalin ici. Qui courait partout, qui sautait partout, qui rampait dans le sable, qui collectait le caca de chèvre pour le mettre en sachet et s’en faire des munitions, qui enfourchait un bâton de bois en nous faisant signe d’embarquer dans son « autobus ». « Mi weti Canada! » Je m’en vais au Canada! Une imagination débordante et épuisante.  Impossible de le faire tenir tranquille 1 minute… j’ose difficilement imaginer le temps d’un tournage de Vision machin!

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Les enfants africains ont un grand privilège qui échappe aux enfants québécois. Celui d’être complètement libre d’aller et de venir. Débarquer chez le troisième voisin et manger là, s’il a faim. S’endormir sur une natte chez un ami sans que personne ne songe à le réveiller pour le ramener chez lui. Errer dans le village tard le soir, à 5 ans, avec tous ses copains. Ils sont nombreux, majoritaires même dans cette jeune société, prennent soin les uns des autres et se stimulent sans arrêt. Les plus grands trimballent les petit qui apprennent très tôt à marcher et à parler pour tirer leur épingle du jeu. Vous vous souvenez des party de Noël de votre enfance, avec tous vos cousins cousines et la possibilité de jouer aussi tard que voulu, jusqu’à pu capable? C’est leur lot quotidien.

Pauvreté, oui. Avec tout ce que ça engendre de difficulté d’accès à l’éducation et aux soins de santé.  Mais désœuvrement, misère et pathétisme comme l’on se plaît à nous montrer à la télé le dimanche matin? Jamais de la vie.

Finalement, c’est peut-être Louise-Josée Mondoux qui leur faisait peur.

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Matérialisme

Aller en Afrique, c’est un peu faire un pied de nez au matérialisme occidental. Nous n’avions vraiment pas grand chose au village. Quelques vêtements, une pharmacie bien garnie, un peu de quoi permettre aux cuisinières de préparer les repas, un freesbee et un ballon de volley. Ah oui,  un ipod et une caméra numérique.

On est rarement confronté à une telle pénurie de matériel dans notre société. On achète, même si c’est « utilitairement redondant » dans notre existence. Tout est là, tout est disponible, tout est pensé pour qu’on veuille encore plus de cossins. Au dep de Sambara, il y avait du thé, du sucre, du sel, des dattes et parfois des suçons. C’est rafraîchissant de constater que l’on peut vivre, et bien vivre!, avec aussi peu.

Je m’étais promis de faire une place à ce non-matérialisme dans mon existence post-Mali. Et puis est arrivé le Maroc. Le souk de Marrakech. Et les belles assiettes en tadelakt, une céramique locale. Des assiettes noires, rectangulaires, avec les coin en argent. Je me suis vue recevoir des amis, j’ai imaginé ces assiettes sur la table de notre condo-dans-une-ancienne-usine-avec-les-murs-de-brique-et-le-béton. Elles étaient parfaite. Uniques! Bye bye résolutions de non-matérialisme, il a fallu sortir les billets, même après des heures de négociation. C’est que le tadelakt est un produit artisanal précieux et les marchands marocains sont de féroces négociateurs.

Le lendemain du retour à Montréal, délicieuse lasagne et souper bien arrosé, on sort les assiettes pour les étrenner. Le look, sur la table de notre super condo-dans-une-ancienne-usine-avec-les-murs-de-brique-et-le-béton est saisissant. Elles sont vraiment belles. Et puis craccc… sous l’effet de la fourchette, un premier morceau d’assiette qui s’égrène. Et puis crouiiiiiiiiiiiik, la trace du couteau qui laisse son empreinte. On mange un morceau de lasagne et on se rend compte que sous l’effet de la chaleur, la teinture de l’assiette fond et disparaît.

C’était, disons, l’échec du matériel…

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Statistiques

Ce blogue est équipé, par défaut, d’un petit outil qui collige des statistiques sur les visiteurs. Par exemple, la page qui vous intéresse le plus est « Qui suis-je ». J’aurais peut-être dû en profiter pour y mettre un peu de contenu…

En trois mois, vous avez été exactement 800 à venir me lire (merci maman, pour tes 750 visites qui me donnent l’impression d’avoir un public!) et en ce moment, puisque je suis de retour et que je n’écris rien, je reçois environ 1 visiteur par jour.

Mais la statistique la plus intéressante concerne les recherches Google qui mènent vers ce blogue :

Le visiteur d’aujourd’hui a atteri ici en googlant textuellement : « quelle hauteur de cloture faut il pour accueillir une biquette ».

Sympa.

M. le visiteur, pour la hauteur, je n’en sais franchement rien. Biquette avait un arbre et une corde d’ailleurs beaucoup trop courte. Par contre, j’aimerais bien avoir une photo de votre biquette, quand elle aura son p’tit coin de jardin clôturé. J’espère que vous ne la boufferez pas, celle là. Vous pourriez, si ça vous chante, la baptiser Guy Séguin dit Biquette 2ème, en mémoire de feu Guy Séguin dit Biquette 1er.

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Au jour 101

Je suis rentrée, de retour, à la maison. Il s’est passé pas mal de trucs depuis mon dernier article… Quitter Sampara (oui, on a tué et fait cuire Biquette, non, je n’ai pas été capable d’en manger). Les stagiaires qui sont partis (et moi, telle une maman esseulée, qui se réveillait la nuit parce que je les comptais dans mes rêves et qu’il en manquait toujours un). Mon amoureux qui est venu me rejoindre en sol africain (l’accueillir à l’aéroport de Bamako à 3h du matin, lui faire subir, dès le lendemain 6h, l’infernal (ou épique, c’est selon!) trajet Bamako-Mopti en autocar). Notre aventure, au-delà des sentiers battus, dans le désert de Tombouctou (oui oui, ce blogue porte désormais fièrement son url avéré). Le retour à Sampara, le temps de faire connaître le village à ma douce moitié et ma douce moitié au village (Wala Samaké! Wala Samaké! Wala Samaké! Tout juste si je ne signais pas des autographes…). La découverte du Maroc (quel bel atterrissage en douceur vers chez moi, entre Afrique et Europe, ce pays m’a charmée). Je sais, j’affectionne les parenthèses et les points de suspension.

Bref, j’ai encore à dire. C’est le jour 101, le titre de ce blog est  désuet. Mais, griffonnées dans mon carnet rouge, entre les listes de condiments, les prévisions budgétaires et les adresses d’hôtels, j’ai quelques anecdotes en banque. Le blogue est mort, vive le blogue!

Aujourd’hui, au jour 101, entre :

-Me réveiller brutalement à 6h – vive le décalage!

– Réqpprendre q utiliser le clqvier qwerty…

– Répondre à la fatidique question « Pis, c’était comment? »  – Euh… Y’a faite ben beau, la plage était belle pis l’hôtel propre, le buffet était bon, sont tu fins un peu les cubains!

– Téléphoner au boulot pour dire que je suis toujours vivante.

Je vais trouver quelques minutes pour enfin agrémenter les articles précédents d’images que je crois pertinentes et que j’espère vous ferons un peu mieux découvrir mon Afrique.

Bonne journée!

Wala

P.S. Heureuse d’être rentrée, pour les gens que j’aime, pour Montréal c’est toi ma ville, pour mon petit chez moi où il y a une douche chaude. Triste aussi, mais pas trop, sachant qu’il y aura des prochaines fois…

Sambara, vu depuis le fleuve asséché

Sambara, vu depuis le fleuve asséché

Les rues du village...

Les rues du village...

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