Archive for mars, 2009

Le fleuve, prise 2

Nous voulions voir le fleuve. Après l’échec de la première tentative, suivi d’un vendredi trop pluvieux (au beau milieu de la saison sèche dans une région semi-désertique – Jocelyne, une explication?), l’occasion s’est pointée le bout du nez vendredi dernier.

Pour cette prise 2, nous avons eu recours à un guide de choix : Monsieur le Maire est venu avec nous. Bon, il faut expliquer que Monsieur le Maire n’est pas vraiment le Maire de Sambara. En fait, ce n’est le maire de rien, c’est plutôt que dans le village où il est né, il portait le même nom que le maire. Son homonyme, quoi. Depuis, il se fait appeler Monsieur le Maire. C’est d’ailleurs fréquent en Afrique, par exemple, on n’hésite pas à appeler « maman » une petite fillette qui est l’homonyme de notre maman. De la même façon, il est possible que deux soeurs s’appellent Aïssata. Réaction de blanc : vous avez le même nom? Réponse malienne : ben non! Ce n’est pas la même homonyme!

Bref, on ne connaît pas vraiment le nom de Monsieur le Maire. On ne sait pas non plus d’où il vient. En fait, on en sait peu sur lui parce qu’il est un peu muet. Mais on ne parle pas vraiment fulfuldé non plus alors ça ne change pas grand chose. Monsieur le Maire nous aime bien : il passe plein de temps avec nous, nous aide dans nos projets et, en échange, on le divertit sans le tanner avec des discussions dont il n’a pas envie. C’est notre ami. Il est un peu partout à Sambara. On nous a dit que c’est le gardien du dispensaire. Souvent, on le voit qui fabrique des briques de sable dans le fleuve asséché. On le croise aux quatre coins du village, ce qui nous laisse parfois croire qu’il s’agit de triplés, mais c’est là une toute autre histoire! Les gens de Sambara l’apprécient, car il est vaillant. Il travaille sans salaire, mais erre d’une famille à une autre pour dormir et se loger. Il a par contre toujours refusé nos invitations à manger. Il sourit et s’éclipse poliment quand notre repas est servi. C’est un original. Mais tous le trouvent un peu étrange, il ne cadre pas avec les reste du village. Un voisin nous a tout bonnement dit que « son crâne, il est gâté ».

On ne lui a rien demandé, mais il est venu avec nous. Ça nous arrangeait bien et ça lui faisait visiblement plaisir d’être là. Il ne nous a pas dit un seul mot de toute la balade, mais à un moment il est allé voir un berger pour s’assurer que nous étions dans la bonne direction. Il nous a trouvé un peu drôle quand on a fait tout un plat pour ne pas traverser un marigot qui n’avait pas un pied de profondeur. C’est qu’on craint la bilharziose, un ver qui s’attrape dans les cours d’eau stagnante. On a longtemps hésité puis on s’est désinfecté les pieds avec du Purell en sortant de l’eau. Monsieur le Maire a dû croire que les blancs ont une peur bleue de l’eau.Va savoir!

On est arrivé au fleuve après plusieurs kilomètres dans la brousse, accueillis par le village Bozo en bordure de celui-ci. Il fallait demander la famille des Faskoye, nous avait recommandé Lala, une femme de Sambara dont le frère vit là-bas. La famille nous a accompagné voir le fleuve. Ensuite, on a bien voulu quitter, mais il était hors de question pour eux de nous laisser partir à pied sous le soleil brûlant d’après-midi… ils nous ont servi un copieux repas de poissons frits et de riz puis nous ont offert des nattes pour faire la sieste dans leur cour ombragée. Ils ont demandé si on voulait passer la nuit et semblaient déçus qu’on refuse l’invitation. J’ai déjà parlé de la générosité et de la spontanéité de l’accueil malien? Imaginez 8 inconnus qui débarquent sans prévenir simplement parce qu’ils connaissent vaguement la soeur de votre cousin…

Le fleuve Niger, à quelques kilomètres du village
Le fleuve Niger, à quelques kilomètres du village

De retour vers Sambara, on a remercié Monsieur le Maire à une centaine de mètres du village et nous nous sommes réfugiés dans la brousse, sous un arbre, à l’abri des regards, pour l’hebdomadaire surprise québécoise et la réunion de groupe. Ce n’est qu’une heure plus tard que nous avons été interrompus par une moto conduite par deux hommes du village : « On vous cherchait! Mais tout le monde au village se demande ou est-ce que nos toubabous sont passés! Ils disent que vous êtes perdus, on nous a envoyé vous chercher! » C’est qu’en plus de notre retard causé par la gentillesse des Faskoye,  Monsieur le Maire est rentré tout bonnement à Sambara, seul et sans rien répondre à ceux qui le questionnaient. Tout le monde a donc cru qu’il nous était arrivé quelque chose. Les gens sont sortis en masse pour nous saluer et nous accueillir, prendre de nos nouvelles… On les avait vraiment inquiétés et on se sentait comme des adolescents qui ont dépassé l’heure du couvre-feu!

À Lala, on a raconté, tout excités, l’incroyable accueil que nous a réservé sa famille. Elle a acquiescé d’un air de celle qui trouve cela tout à fait normal. Quand on lui a dit que ça nous impressionnait que Oumou, la femme de son neveu, soit originaire d’un village près de Tombouctou, son regard s’est éclairé : « Ah! Vous avez fait la causerie avec eux! Ça c’est bien, vraiment, c’est très bien! Vraiment généreux de votre part! »

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Votre carte soleil, s’il vous plaît?

À l’hôpital de Mopti, les prix sont affichés à l’entrée. Un accouchement? 5000 CFA. Une radiographie? 6000 CFA. Et pourquoi pas une amputation? C’est seulement 20 000 CFA…

On y pratique aussi la double consultation. Son tour venu, un de mes stagiaires fut appelé en même temps qu’une vieille madame. Pendant que l’infirmière pose des questions à l’un, le médecin examine l’autre. Pratique pour accélérer les choses! Peut-être qu’on devrait s’en inspirer pour réduire nos listes d’attente?

L’hôpital de Bamako, quant à lui, s’appelle « Le point G ». Ça ne s’invente pas…

Parlant d’accouchements. Ma saga bébé ne s’est pas arrêtée avec la petite qui a hérité de mon nom le jour de son baptême (elle va très bien, en passant).  Elle s’est continuée avec les chèvres qui accouchent devant chez moi pendant que je me brosse les dents.

Mais ce n’est pas tout… l’autre jour, entre la construction de deux foyers améliorés, en faisant un détour par la maison pour aller me chercher de l’eau, la voisine est venue me voir. « Wala, il y a un accouchement ». Faut dire que ma voisine est aussi la matrone du village. J’ai demandé qui allait accoucher. Elle m’a seulement répondu « Viens, viens, c’est tout de suite, on va accoucher. » Accoucher? Moi? Hein? Elle était un peu pressée alors j’ai laissé tomber ma bouteille d’eau et je me suis précipitée avec elle vers le dispensaire.

La future maman était déjà en travail, couchée sur une table d’hôpital bringuebalante (gracieuseté du Canada) qui a jadis connu de meilleurs jours, dans une salle sombre et non-ventilée. J’ai voulu qu’on lui demande si ma présence l’indisposait, mais ma voisine accoucheuse a répondu que non non, bien sûr que non, c’est normal que tu sois là, c’est comme ça ici. Et dans la même phrase, elle m’a donné des gants en me disant, viens, touche, on sent la tête et le col. C’est ainsi que par un bel après-midi ensoleillé, j’ai tenu la main d’une maman dont je ne connaissais même pas le nom, j’ai appris comment on dit « pousse!' » en fulfuldé et, quelque part dans le fond du Mali, mon visage est la première chose qu’un petit garçon a apperçu en naissant…

Naissance
Naissance

Maman et bébé se portent à merveille. Quant à l’assistante-accoucheuse en moi, elle en est encore un peu sous le choc, mais très ravie d’avoir eu une accès à un moment si privilégié. Toute ma vie j’ai eu une maman qui travaille dans une salle d’accouchement et je n’avais jamais eu cette chance. En Afrique, ça aura pris deux semaines avec une voisine accoucheuse…

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Réalités maliennes

Incursion dans mon quotidien africain…

Tombouctou

Ce blogue s’appelle tombouctou. Non pas parce que j’irai vers cette ville mythique, mais plutôt parce que j’aime le voyage et que, vu du Québec, Tombouctou, c’est le bout du monde. Vu de Mopti, Tombouctou est plutôt la ville située au bout de la route en suivant les indications au carrefour de Sévaré.

Guy Séguin

Dans notre cour, il y a biquette, la chèvre qu’on nous a offert au début du stage et qui vit désormais avec nous jusqu’au méchoui qui se tiendra le jour de notre départ. En fait, elle s’appelle Guy Séguin dit Biquette premier. Elle vit au pied de l’arbre, à côté de l’enclos à chèvres. Mais Biquette n’aime pas les chèvres qui vivent dans l’enclos puisqu’elles piétinent sa bouffe en rentrant au bercail le soir. Il faut dire que Biquette est peut-être jalouse de les voir quitter chaque jour pour aller vagabonder en brousse alors qu’elle doit rester au pied de son arbre. On aime bien Biquette, malgré son regard vide de chèvre un peu nounoune. En même temps, c’est un peu tordu d’avoir un animal de compagnie qu’il faut engraisser pour que le repas soit copieux…

Guy Séguin dit Biquette 1er
Guy Séguin dit Biquette 1er

Garderie chez Toubabou, bonjour!

Je l’ai déjà mentionné, les enfants de Sambara sont très présents dans nos vies… On blague parfois en parlant de la ‘Garderie Toubabou’. Ceci est encore plus vrai depuis quelque temps : plusieurs chèvres mettent bas et, au grand dam de Biquette, le berger les attache au pied de son arbre le jour de l’accouchement (bref, dans son salon!) Ainsi, on voit plein de petits bébés chèvres naître. Les p’tits jumeaux tachetés, le petit blanc qui avait de la difficulté à marcher, Primavera qui est né le 21 mars, etc. Durant la journée, pendant que les mamans vont brouter dans la savane, les petits, trop jeunes pour la longue marche, se couchent au pied de l’arbre et chillent avec Biquette. Garderie chez toubabous a désormais une division bébé chèvres.

Les chèvres

Slogans routiers

Vu sur un camion : L’erreur est humaine
Vu sur un minibus : Bonne Chance
Sur un autre minibus : Qui viverra vera (sic)

Besoin de mentionner que les transports sont hasardeux, au Mali?

Sacrés transports, source inépuisable d'anecdotes en Afrique
Sacrés transports, source inépuisable d’anecdotes en Afrique

Ouach-dégueux-maman-viens-me-chercher!

Être dépaysé n’est pas toujours romantique. Coeurs sensibles, s’abstenir. Qu’est-ce qui est plus dégueux que de trouver une souris qui fouille dans ses bagages? Pourchasser la dite souris et la tuer avec une pelle. Qu’est-ce qui est plus dégueux qu’une souris écrapoutie à coups de pelle? Être assis dans son lit et recevoir, sur son matelas, une pluie de bébés souris agonisants parce qu’on a tué la maman qui avait niché dans le plafond de bois…

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Voir le fleuve

Le vendredi, c’est jour de congé pour les toubabous de Sambara. On se cache dans la brousse et on fait notre réunion d’équipe suivie de la fameuse surprise québécoise. Ce n’est pas que le riz n’est pas bon, mais… ce petit moment à un je ne sais quoi de très agréable!

En quête d’un peu plus d’aventures, ou peut-être pour sortir un peu du village et s’aérer l’esprit, nous avons l’autre vendredi demandé la direction du fleuve Niger. Google Maps nous avait déjà aiguillé sur le fait qu’il est situé à distance raisonnable de Sambara, mais sans clavier ni souris, il fallait se fier à une direction pointée par le doigt d’un villageois. Il a d’abord fallu convaincre tout le village que oui, on est capable de marcher, que non, on ne se perdra pas, que oui, on est capable d’y aller seuls, que non, il ne fait pas trop chaud, puis on a enfin mis le cap direction fleuve Niger.

Après deux heures d’errance dans la brousse malienne, des petit cornets au sucre d’érable mangés à l’ombre d’un accacia et quelques coups de soleil bien visibles, il n’y avait toujours aucune trace d’eau. Le Sahel, que le Sahel. Nous avons bifurqué vers un minuscule village qui se pointait le nez à l’horizon. J’essayais de préparer comment expliquer (en peul), à ces villageois, qui sont les huit blancs qui sortent de nulle part au milieu de l’après-midi. Des extra-terrestres n’auraient pas été plus inatendus, dans ce petit bled perdu au milieu de la brousse! Et voilà que les gens se mettent à sortir des maisons, les enfants courent avertir les voisins, tout le village se pointe le bout du nez et, avant même que je n’entame quelque explication, une petite fille me dit : Wala Samaké! Wala Samaké! Des extra-terrestres? Plutôt des rock stars! Nous avons appris que certains enfants de ce village vont à l’école de Sambara, connaissent nos noms et racontent à tout le monde nos moindres faits et gestes.

Il se faisait tard et nous sommes rentrés au bercail, sans avoir vu le fleuve Niger, mais désormais conscients que les toubabous de Sambara sont connus dans toute la commune.

Expédition vers le fleuve prise 2 suivra bientôt si Internet est accessible d’ici mon retour au village… a+

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Les deux facettes de ma toilette

Mon dernier post a été envoyé il y a déjà plus d’un mois… en voici donc deux pour le prix d’un!

Ça peut sembler étrange de parler de toilette alors que mon temps Internet est aussi rare que précieux, mais il faut comprendre que vivre en brousse africaine, c’est inévitablement faire plus ample connaissance avec  son système digestif.

Notre toilette africaine est plutôt rustique. En fait, c’est un muret de banco, d’environ 2 mètres de hauteur, un sol de béton et un trou. On a installé un rideau en guise de porte. Elle est située dehors, devant notre super maison, entre l’enclos à chèvres et la maison de la voisine.

On s’est tous mis à la ‘bouilloire’. Une bouilloire aux toilettes? Oui oui, il s’agit littéralement d’une bouilloire de plastique que les maliens utilisent pour remplacer le papier de toilette. On n’y fait pas bouillir l’eau, c’est seulement pour aider au versement. Attention, il faut se servir de la main gauche uniquement (la droite, c’est pour manger)! En fait, les maliens ne comprennent pas vraiment le concept du papier de toilette : ‘Quoi, vous voulez dire que vous ne faites qu’étendre la chose?’ J’avoue que leur méthode est nettement efficace, une fois le choc culturel traversé.

Le soir, dans notre toilette, on découvre que nous ne sommes pas les seuls à y passer beaucoup de temps. Quelques coquerelles et fourmis sont aussi de la partie…

La galère, quoi!

En fait non, pas du tout. Ma toilette africaine, c’est surtout une grande pièce en plein air, un endroit génial ou il fait bon se laver sous les chauds rayons du soleil d’après-midi au Sahel. Et comme la pollution lumineuse n’est pas vraiment problématique dans un village sans électricité, le soir, on peut prendre tranquillement son temps en regardant les millions d’étoiles qui scintillent dans le ciel… Vous êtes tous invités à venir la visiter!

La salle de bain des toubabous
La salle de bain des toubabous

Notre chez nous
Notre chez nous

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