Je me flatte la bedaine à CDG

Escale de quelques heures à l’aéroport Charles-de-Gaulle. Depuis mon départ de Bamako hier soir, j’ai appris  :

Qu’une femme enceinte n’a pas le droit de s’asseoir à une sortie d’urgence, mais qu’on lui donne volontiers priorité pour une place dans la première rangée, là où il est possible d’étirer ses jambes.

Qu’avoir une place en première rangée entre Paris et Montréal à quelques jours de Noël, même quand on est prioritaire et qu’on s’y prend la veille, ce n’est pas vraiment possible.

Que se flatter la bedaine dans une file pour la toilette de l’avion, ça permet d’éviter un peu d’attente.

Que se flatter la bedaine dans un troupeau d’attente devant la porte d’embarquement à Bamako, ça ne donne rien pentoute sinon calmer un peu le bébé qui se demande bien dans quel tourbillon il est entraîné.

Que mon bébé n’aime pas les annonces d’aéroport, surtout le bip strident qui les précède. Et vlan dans les côtes!

Qu’au terminal 2F à CDG, il y a des sièges, dans la salle d’attente, qui sont réservés aux femmes enceintes et aux vieillards. Cependant, après essai, j’ai aussi constaté qu’ils sont beaucoup moins confortables que les sièges normaux. J’aurais préféré un petit cart pour traîner mes bagages à main.

Sur ce, j’ai du magasinage de Noël à faire. Qui veut un cadeau du duty-free?

En attente à CDG. Où asseoir le bedon?

En attente à CDG. Où asseoir le bedon?

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Bébés d’ici et d’ailleurs

Ici, j’ai beaucoup de temps pour lire sur la grossesse, l’accouchement et les bébés en général. Être une maman urbaine-ascendante-grano du 21ème siècle, avec accès à trop de sources d’information, ça finit par compliquer la tâche!

Le tout a d’ailleurs débuté bien avant mon arrivée en Afrique. Sitôt le test de grossesse positif, il fallait s’atteler à la planification des prochains mois, voir des prochaines années. Avec l’engorgement des systèmes, pas le choix!

D’abord, où accoucher… L’hôpital du quartier? Logique, mais après quelques clics bien placés, on découvre que les chambres sont communes, l’allaitement selon des horaires fixes et non à la demande, que les mamans pro-naturel n’y retourneraient pas. Avec une sage-femme en maison de naissance ou à domicile? L’idée est romantique, les listes d’attente un peu moins. Beaucoup d’appelées, peu d’élues. Finalement, nous avons déniché une clinique sympathique où l’approche se veut humaine. J’ai été convaincue en lisant une entrevue (merci Google) dans laquelle l’un des médecins de cette clinique affirmait que « accoucher, c’est comme ne pas travailler ».  Un médecin qui fait des accouchements par plaisir, il me semble que c’est déjà un bon début.

Ensuite il y a eu l’irréelle inscription à la garderie alors que l’embryon n’était pas plus gros qu’un grain de riz. « Chéri, il va s’appeler comment notre bébé? On habitera dans quel quartier en 2011? ».

Puis le début des achats. Vêtements en fibres écologiques, musique pour bébé qui n’aliénera pas trop les parents mélomanes, jouets équitables, articles au design scandinave et, surtout, couches lavables… Vous pensez que c’est simple, les couches lavables? Et bien non, il y en a autant de sortes qu’il y a de couleurs sur une robe de feue la mairesse Boucher.

Maintenant que j’ai un peu de temps, je me questionne sur la préparation à la naissance. Haptonomie, auto-hypnose, yoga, acuponcture… le temps où seuls suffisaient les cours prénataux du CLSC avec une bonne péridurale l’accouchement venu sont révolus. Vouloir un accouchement naturel, c’est drôlement compliqué.

Mais il y a plus. Cette petite escapade à l’autre bout du monde avec le rond bedon m’amène à comparer la façon dont on materne ici et ailleurs.

En visite chez une amie qui vient d’accoucher à Mopti,  je lui expliquais que contrairement à ce qui se fait au Mali, les bébés chez nous ne dorment pas dans le même lit que leur maman. Elle m’a demandé si on avait toujours de la place pour une couchette dans la chambre  des parents. Je lui ai expliqué qu’en fait, le plus souvent, le bébé a sa propre chambre fermée, dans laquelle on installe un moniteur pour l’entendre s’il pleure. Elle m’a répondu que si un parent osait ainsi isoler son bébé naissant ici, on l’accuserait de négligence criminelle et d’abandonner son enfant! Elle a ajouté qu’elle n’aurait nullement envie de se séparer de sa petite et que ça devait être franchement désagréable de devoir toujours se lever pour nourrir le bébé.

Chez nous pourtant, le co-dodo est décrié ou carrément jugé irresponsable. Risques accrus de mort subite, possibilité de rouler sur son bébé et de l’étouffer… Les statistiques sont pourtant difficiles à compiler, cette pratique étant très rare. Je me demande d’ailleurs si, au contraire, certains accidents n’auraient pas pu être justement évités si les parents avaient tout de suite pu réagir, étant tout près de leur enfant.

Les femmes au Mali transportent leur bébé sur leur dos. J’ose à peine imaginer les commentaires des gens chez nous si on se risquait à pareille pratique. « La tête du bébé qui pend parfois vers l’arrière, les jambes écartelées… Non mais, tu veux rendre ton enfant handicapé? » Et pourtant, les Africains ont le cou bien droit et ne marchent pas en canard. D’ailleurs, les bébés semblent plutôt paisibles, ballotés au gré des mouvements de leur mère, un peu comme lorsqu’ils étaient dans son ventre. La plupart du temps, ils dorment. Il n’est pas rare de voir un jeune enfant en âge de marcher venir se poser contre le dos de sa maman, voulant retrouver le confort de la position qu’il a connu bébé. L’hiver dernier, j’avais aidé une voisine à broder un porte-bébé typique d’ici (un bout de coton rectangulaire). Je le lui ai par la suite acheté, pour environ 4$. En occident, le nec plus ultra de la poussette, c’est la Bugaboo Frog. En rouge (parce que d’une autre couleur, c’est plus cher), sans siège d’auto ni accessoires, cette poussette coûte environ 1000$. Une poussette cool, ça rend heureux?

Je ne sais pas si je vais oser utiliser mon porte-bébé africain à Montréal. Peut-être, mais j’imagine que pour éviter les regards désapprobateurs, je me rangerai probablement du côté des porte-bébés plus sophistiqués que l’on vend chez nous. Pour ce qui est du co-dodo, je ne m’y risquerais pas, avec ma fâcheuse habitude de me rouler dans les couvertes pendant mon sommeil. Mais je ne crois pas non plus que j’arriverais à isoler mon bébé naissant dans une pièce fermée… en fait, notre loft-à-aire-ouverte-pas-de-chambre-de-bébé me semble tout à fait adapté!

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Bébé a le hoquet

Aujourd’hui, on m’a recommandé le blogue de Marianne Prairie, une moquette-coquette-future-maman. J’ai adoré, voici le lien : Ce que j’ai dans le ventre.

Ça m’a donné envie de raconter un peu ma grossesse africaine. De parler de ce petit être qui grouille de vie dans mon bedon. Le sait-il, que je l’ai trimballé à l’autre bout du monde?

Il entend quotidiennement du Bambara, il goûte aux saveurs de la cuisine malienne, il écoute la voix de son papa, retourné au bercail, sur Skype… tout ça lui semble probablement normal.

Depuis quelques jours, il a le hoquet. Pauvre petit, mon ventre fait des soubresauts pendant de longues minutes, plusieurs fois par jour.

J’ai lu qu’à partir d’à peu près maintenant, il peut pleurer. C’est silencieux, évidemment, puisqu’il n’y a pas d’air dans ses poumons. Mais des recherches ont montré que s’il entend un bruit très fort ou s’il est inconfortable, le fœtus pleure. Sa bouche s’ouvre, ses muscles faciaux se contractent, il fait tous les mouvements d’un bébé à consoler. Quand les gens parlent trop fort, je mets ma main sur mon ventre, comme pour apaiser le tout.

Il se tient beaucoup à gauche. Parfois au centre, mais très rarement à droite. Un bébé politisé?

Je pourrais parler de lui pendant des heures. Mais bon, je suis consciente que ces petites anecdotes n’intéressent pas tout le monde. D’ailleurs, ne pas avoir accès aux ressources habituelles, cours prénataux, aqua-future-maman et cie, me manque un peu. J’aimerais bien pouvoir échanger avec d’autres enthousiastes qui comprennent que « je suis à 27 semaines », c’est trèèèèèès différent de « je suis à 22 semaines. »

J’ai rencontré une française enceinte dans la piscine d’un hôtel à Ségou. Une pilote de brousse basée à Kinshasa, qui vient d’arrêter de travailler, à 7 mois de grossesse. On a jasé un peu. Dire que certains me trouvaient courageuse de venir au Mali enceinte! Je me suis trouvée pas mal pépère, avec ma job de bureau.

Seule avec mon bedon, je fais quand même du yoga, grâce à Amazon qui a posté un dvd à Montréal, dvd qui a par la suite transité par Casablanca, dans les bagages de l’amoureux, pour enfin aboutir à Niono. En tout cas, ça fait réagir bébé. Il adore ou il déteste? y’a que lui qui le sait. Une chose est sûre : la période de relaxation, en fin de séance, n’est pas très évidente. Un petit garçon qui danse le yéyé dans les entrailles, ça décoche plus de fous rires que de lentes et profondes respirations!

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Les occidentaux en Afrique vivent toute sorte de chocs culturels. Après mes deux séjours précédents en brousse,  pas d’eau courante, pas d’électricité, à manger à la main et aller à la toilette sans papier cul, je croyais en avoir un peu fait le tour. Ce séjour-ci, dans une belle maison climatisée me semblait tout à fait banal. Mais voici que mon état m’en fait encore découvrir.

Il faut dire, qu’au début, les Maliens étaient sceptiques.  Une toubabou enceinte en Afrique? « Mais non voyons, tu n’es pas enceinte, tu es seulement grosse! » fait partie des délicatesses entendues. Avec le bedon qui s’arrondit de jour en jour, les gens commencent à me croire.

Mais ici, être enceinte demeure plutôt banal, un peu tabou. Sous les grands boubous, on distingue peu les ventres qui s’arrondissent. Les femmes  ne ressentent pas la nécessité d’en parler ni d’exhiber leur état. Avoir un enfant s’inscrit dans la continuité de la vie, est loin d’être le grand chamboulement qu’on imagine chez nous. C’est naturel, ça va, ça vient, les bébés naissent, grandissent, deviendront un jour parent, c’est le cycle normal. Pas de quoi en faire tout un plat. Et s’ils avaient raison? Probablement en bonne partie, mais c’est quand même plus chouette de profiter de ces beaux moments!

Après mon échographie à Bamako, j’ai dit à mon chauffeur que nous savions désormais si c’était un petit garçon ou une petite fille. « Ah, d’accord », fut sa réponse. « Et tu ne veux pas savoir c’est quoi? », « Euh… je ne sais pas. » Ce n’est pas dans l’ordre des choses d’obtenir cette information avant la naissance. Même réaction des autres maliens au bureau. Seul mon collègue Afghan a démontré un peu d’enthousiasme. Il m’avait d’ailleurs prévenue, dans son anglais-pachtoune : “If you have girl, you should to bring sweets. And if you have boy, you should to bring too much sweets!” J’ai dit que d’accord, mais qu’on adapterait la tradition afghane à la réalité québécoise, garçon ou fille, j’allais amener « too much sweets ! »

Même chose pour le prénom. Au Mali, on baptise sept jours après la naissance. C’est à ce moment seulement que le bébé hérite du prénom d’un grand-parent, d’un oncle ou d’une tante, d’un proche décédé récemment, bref, d’une personne significative dans l’entourage. Les mêmes prénoms reviennent donc à toutes les générations. Un Malien m’a dit qu’il trouvait très drôle le phénomène des « junior » qui existe chez nous (surtout aux États-Unis, ai-je précisé!) « Mais qui aurait l’idée de donner son propre nom à son enfant, c’est complètement égoïste! Il faut honorer quelqu’un, pas s’honorer soi-même. »

Bref, je ne me fais pas demander comment va la grossesse, comment s’appellera le bébé, si on connaît son sexe, et encore moins si on peut toucher mon ventre. Je sais que chez nous, certaines futures mamans sont agacées de trop en entendre parler, mais l’inverse n’est franchement pas mieux. Vivement le retour avec le gros bedon pour épater la galerie pendant le temps des fêtes!

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La mouche saoule et le lézard qui la dévora

Il était une fois une mouche gourmande qui plongea dans un verre de Castel bien froide.

Elle fut repêchée par une fourchette et déposée sur la nappe de la table.

Il était une fois un lézard téméraire qui grimpa sur la même table malgré la présence d’humains autour de celle-ci.

Il aperçut la mouche et se mit en tête d’en faire son repas.

Le lézard prit le temps d’observer sa proie, se fit tantôt discret, tantôt prêt à passer à l’attaque. Un bon 5 minutes avant de se jeter sur la mouche pour la dévorer, sans jamais se rendre compte que la pauvre bestiole, complètement saoule, ne faisait que tituber en faisant du sur place.

Deux spectateurs en ont profité pour faire une séance de photos avec le lézard en question.

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Photo roman

Avant de quitter pour Bamako, histoire de célébrer la fête de la Tabaski – un croisement entre un méchoui et un party de Noël, où toute la grande famille se réunit pour tuer et manger un mouton – je me suis dit qu’il serait approprié d’enfin mettre quelques images de Niono sur ce blogue. Les voici.

La "main" de Niono.

La "main" de Niono.

Orange, la compagnie téléphonique française bien établie en brousse malienne.

Orange, la compagnie téléphonique française bien établie en brousse malienne.

La mosquée de Niono. Pas aussi grandiose que celle de Djenné, c'est vrai, mais au moins aussi jolie.

La mosquée de Niono. Pas aussi grandiose que celle de Djenné, c'est vrai, mais au moins aussi jolie.

Eh ben!

Eh ben!

Les canaux d'irrigation, omniprésents dans la vie quotidienne. Grâce à eux, le riz pousse. Mais ils sont aussi un point de rassemblement important dans ce coin du monde où les gens n'ont pas l'eau courante.

Les canaux d'irrigation, omniprésents dans la vie quotidienne. Grâce à eux, le riz pousse. Mais ils sont aussi un point de rassemblement important dans ce coin du monde où les gens n'ont pas l'eau courante.

Grand vendeur de (Nes)café.

Grand vendeur de (Nes)café.

J'avoue, c'est pas Niono, c'est Ségou. Mais c'est joooli quand même, non?

J'avoue, c'est pas Niono, c'est Ségou. Mais c'est joooli quand même, non?

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Cargaisons improbables

Si j’avais une expo-photo à faire sur le Mali, je crois que je choisirais le thème Cargaisons improbables.

Parfois, c’est une femme qui transporte aisément sur sa tête un assemblage pèle-mêle de chaudrons, de cuves, d’ustensiles et de tissus, malgré l’absence totale d’équilibre apparent. Ça ne tiendrait pas une seconde déposé sur une table, mais elle est capable de marcher des kilomètres sans rien faire tomber, avec un bébé accroché au dos en bonus. La loi de la gravité n’est définitivement pas malienne.

L’incontournable, ce sont les Sotrama, ces minibus qui servent de moyen de transport public. À l’arrière, c’est indiqué le nombre maximum de passagers et la vitesse maximale. La plupart du temps, on y lit : 23 pers – 50 km/h. Dans la réalité, des gens sont partout : sur les toits, accrochés à la porte arrière, empilés les uns sur les autres à l’intérieur. La seule règle qui vaut : il y a toujours de la place pour une personne supplémentaire.

L’autre jour, c’était un âne arrêté au milieu de la route à Markala. Pendant quelques minutes, il a refusé d’avancer. On ne parvenait pas à le contourner puisque sur son dos était déposée une pirogue qui devait faire une douzaine de mètres de long.

Souvent, ce sont des petites motos sur lesquelles s’alignent, par exemple : un jeune enfant, un conducteur, une chèvre, une femme et un bébé accroché au dos de la femme.

Il y a aussi les gros camions. Une fois le coffre rempli à pleine capacité, on rajoute un bon deux mètres de hauteur de marchandises.  Le tout déborde abondamment de chaque côté, mais est retenu par un judicieux assemblage de cordes raboutées. Après, on dépose des chèvres et les poules ligotées. Sur les chèvres trônent un groupe de jeunes hommes sont debout, assis, bref, placés n’importe comment. Méchante ride!

Je passerais des heures au coin d’un carrefour achalandé, histoire de photographier le tout. Mais le temps manquant, voici tout de même quelques images prises sur la route entre Bamako et Ségou.

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Je vois…

Le rond bedon a finalement retrouvé son papa à l’aéroport de Bamako (bien que, comme toujours, celui-là fut le dernier à voir ses bagages apparaître sur le carrousel, ce qui est un peu long à 4 heures du mat).  Tout heureux de cette réunion, le petit a bien voulu, dès le lendemain matin, faire quelques galipettes sous l’œil attentif de l’échographe. Il nous a bien impressionné avec ses nouvelles habiletés : bouffer du liquide amniotique, donner des coups de pieds et lever les bras vers le ciel. Le médecin en a profité pour nous dire , et je cite, “je vois un zizi”.

Petit garçon ce sera, donc.

La famille-en-devenir réunie, nous avons entrepris le périple  Bamako-Ségou, puis Ségou-Niono. Des photos suivront dès que la connexion Internet le permettra!

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Poule de luxe à Bamako

Se gâter un peu dans la capitale malienne? J’en avais bien besoin. Faisant une Mitsou de moi-même, voici ma liste pas-du-tout-exhaustive-ni-objective des meilleurs endroits pour changer d’air à Bamako. On pourrait aussi appeler ça le récapitulatif de mes activités du week-end dernier…

La piscine de l’hôtel de l’amitié

L’édifice ressemblait autrefois à un bunker soviétique. Les Libyens, qui ont envahi le Mali ces dernières années, l’ont rénové de fond en comble, sans oublier de lui donner un nom arabe, le Laïco. Le résultat est concluant. Un oasis de tranquillité en plein cœur du quartier le plus animé de Bamako. On n’a pas les moyens de s’y payer une nuit, mais cela ne nous empêche pas de s’y rendre, histoire de profiter du jardin et de la piscine. On oublie alors la cohue, les klaxons, la pollution et on se prélasse à l’ombre des arbres en sirotant un cocktail maison hors de prix ou en mangeant un club sandwich (poulet blanc et bacon, s’il-vous-plaît). La piscine, exceptionnellement propre, est assez vaste pour que l’on puisse faire quelques longueurs entre les enfants qui batifolent et les touristes qui se dorent la couenne.

La piscine 5 étoiles

Le restaurant Appaloosa

Serveuses russes au décolleté plongeant. Chapeaux de cowboy. Décor surchargé de ranch texan. Drapeaux du Québec et couvertures avec des loups (comme sur les cotons ouatés). Mobilier en bois usé. Musique mi-western, mi quétaine-américaine. Un panier de popcorn sur la table. Un vrai cheeseburger, le premier vu au Mali. De délicieuses enchilladas. Bref, tout ce qu’il faut pour se croire en territoire tex-mex. Tout ça réuni sous un seul toit à Bamako?  J’ai eu peine à y croire.

Le Relax et Amandine

Histoire de donner un peu de répit au porte-monnaie, on sonne chez les libanais. D’un côté ou de l’autre du pont , on s’en sort à moindre prix et en mangeant tout sauf ce qui ressemble à un plat africain. Sandwich shish taouk, pizzas, avocat vinaigrette, spaghetti bolognaise, crêpes au fromage de chèvre, pâtisseries françaises et crème glacée, jus d’orange fraîchement pressé… Ça permet d’oublier le riz et les plats mijotés en sauce, si typiques de la cuisine locale. La faune est très « toubabou », les Peace Corps américains y côtoient les hommes d’affaires libanais et les expats européens.

Où est Charlie?

Où est Charlie?

La Biennale africaine de la photographie

En ce moment et jusqu’au 7 décembre, c’est la Biennale africaine de la photographie à Bamako. De passage dans la capitale, j’ai pu assister à bon nombre de vernissages,  à un concert et à quelques expositions. Réparties à divers endroits stratégiques dans la ville, les œuvres (de qualités inégales) ont le mérite de créer un événement culturel d’envergure au Mali et de rassembler les foules. Encore une fois, on y croise surtout les expatriés et les maliens qui gravitent autour des expatriés… pourtant, la plupart des activités sont gratuites.

Le restaurant San Toro

Après avoir fuit à souhait la réalité dans tous ces endroits à mille lieues du quotidien malien, le San Toro est une délicieuse façon de renouer avec l’Afrique. Une adresse assurément vouée à accueillir des touristes (les groupes organisés l’affectionnent particulièrement), mais qui n’en perd pas son authenticité. Tout est ici planifié pour offrir le meilleur de l’Afrique : décor, nourriture et musique. Appétissantes brochettes de poisson ou de viande, plats en sauce à l’africaine (le poulet à la coco était parfait) servis avec un accompagnement de riz, de patates douces en purée ou bien de plantain frits, tout est délicieux. On se console de l’absence d’alcool (je parle des autres, parce qu’avec le rond bedon…) en arrosant le tout d’un breuvage maison : boisson de gingembre à la lime, jus de tamarin ou infusion d’oseille (bissap). Des musiciens bercent l’endroit au son de leur kora tandis qu’on observe les œuvres d’art dispersées sur les murs.

Les musiciens du San Toro

Les musiciens du San Toro

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Le Mali, vu par TV5

Vous vous souvenez? L’hiver dernier, une équipe de télé était débarquée dans notre village malien pour filmer le projet du groupe de stagiaires que j’accompagnais. Le reportage est en rediffusion cette semaine sur la chaîne TV5. Il est aussi disponible sur leur site web pour quelques jours seulement (à moins que quelqu’un sache comment l’enregistrer et le youtuber?)

La série s’appelle Afrikologie. À ma grande surprise, je suis la vedette de l’épisode sur les foyers améliorés! C’est assez cocasse puisque nous étions au courant de la venue de l’équipe de tournage, mais que selon l’info que j’avais, ils devaient plutôt venir filmer une interview avec le représentant de l’ONG locale. On se disait qu’au mieux, on apparaîtrait peut-être en arrière-plan. Finalement, ils sont arrivés, m’ont installé un micro et nous ont suivi toute la journée.

Voici le résultat (en ligne) : http://www.tv5.ca/webvideo/afrikologie-foyers-alphabetisation-1415.html

C’est chouette, on y reconnaît plusieurs personnes qui ont marqué notre quotidien. On y voit aussi le bébé qui porte mon nom et plusieurs belles images du village, du projet, des enfants… Dembourou Cissé, que je suis allée chercher pour qu’il fasse un foyer à la caméra était tellement heureux de cet événement qu’il n’arrêtait pas de nous remercier par la suite, nous offrant du poisson ou bien les petites gaufrettes chinoises au pseudo-chocolat qu’on affectionnait bien.

La veille, Thiaya, une femme du village, m’avait fait cadeau d’un superbe collier. Puisque nous allions accueillir l’équipe de tournage à proximité de sa maison, j’en avais profité pour mettre le bijoux, me disant qu’elle serait heureuse de me voir le porter. C’est donc grâce à elle si j’ai l’air un peu présentable à la télé. Nous avions quand même presque deux mois de vie de brousse à notre actif au moment du tournage! Merci Thiaya.

***

Le tout est animé par Boucar Diouf. Je dis ça comme ça, puisque la dernière fois que j’ai plugué une veuuudette sur ce blogue – Louise-Josée Mondoux, en parlant de vision mondiale – ça m’a amené plein de visiteurs. On verra si le kiwi Boucar est aussi efficace!

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De l’usage du clignotant et autres subtilités africaines

Nos chauffeurs maliens usent beaucoup leurs clignotants. Pour faire un virage à gauche ou à droite, c’est plutôt facultatif, mais quand on croise un véhicule sur la route, particulièrement si c’est la nuit, on clignote. L’autre clignote aussi. Ça veut dire : je t’ai vu. Si la chaussée est mince, ça peut aussi vouloir dire : ralentis et range toi un peu, je passe. Ou bien : tu peux y aller, je vais ralentir et me ranger. Faut deviner, dans tous les cas on clignote de la même façon.

Mon eau est de marque “Tombouctou”. Tombouctou est en bordure du Sahara. Le Sahara, c’est un désert.

Pause bibittes :

Je suis sans pitié avec les moustiques, porteurs de malaria. En fait, il s’agit de sournoises petites bestioles qui ressemblent à des maringouins et qui ne font pas de bruit. On dort sous une moustiquaire (oui, c’est féminin) pour se protéger la nuit. Les moments les plus critiques sont au souper, ou à la tombée de la nuit, quand ils sont particulièrement voraces. Je les écrase entre mes mains.

J’écrapoutis avec plaisir les fourmis : comment savoir si ce sont celles qui piquent quand on marche dessus? Vlan, un coup de gougoune et un danger de moins.

Je me suis surprise à assassiner cruellement les quelques rares et inoffensives blattes qui se sont pointées le nez chez nous (on en a moins que dans la somptueuse villa des filles d’Occupation double). Mon karma en a un peu peu souffert, mais rien pour m’empêcher de dormir.

Les grillons me laissent perplexe : leur anatomie est si complexe que je n’ose pas m’arroger le droit de les détruire.  Un collègue a trouvé une technique pour les endormir en leur tapant dessus pas trop fort avec un morceau de tissus. On les attrape ensuite par les pattes arrières et on les jette dehors.  Les Maliens, eux, les mangent, frits et salés, un peu l’équivalent de notre bacon, j’imagine. Je n’ai pas goûté.

Mais que faire avec les mini-crapauds? On a toute une colonie d’amusantes grenouilles qui vivent dans les fossés aux abords de notre rue. Elles sont très jolies malgré leurs yeux globuleux qui nous observent, sautent très hauts et ressemblent à des personnages de dessin animé. Elles se reproduisent et fouille moi comment, des bébés se retrouvent dans notre douche. Ils sont minuscules, parfois moins d’un centimètre cube et ils sautent partout, apeurés quand on s’en approche. Top cute.

La rue entre la maison et le bureau. Sur les abords : des fossés peuplés de sympathiques grenouilles.
La rue entre la maison et le bureau. Sur les abords : des fossés marécageux peuplés de sympathiques grenouilles.

Sagesse africaine : l’argent, c’est le nerf de la guerre, mais pour l’obtenir, c’est la guerre des nerfs.

Dans ma maison et au bureau, on a un beau plancher en prélart aux motifs de plancher de bois franc. Tout y est, même les nœuds du bois. Par contre, comme l’installation de tout est ici approximative, il s’agit d’un recouvrement de plastique flottant, soulevé et gondolé sur la plupart de sa surface.

Entre Ségou et Niono, on traverse le fleuve Niger en empruntant l’imposant barrage de Markala. Le hic : c’est le seul pont. Parfois, il faut donc le partager avec un troupeau de vaches que des bergers peuls conduisent de je ne sais où à je ne sais où. Les Peuls ont parfois beaucoup d’animaux et je les compte désormais en durée. Celui là, par exemple, avait environ 45 minutes de vaches.

Attente de 45 minutes au barrage de Markala. À remarque, la cargaison de pastèques sur le toit de la Sotrama devant. C'est la saison.
Attente de 45 minutes au barrage de Markala. À remarquer, la cargaison de pastèques sur le toit de la Sotrama devant. C’est la saison.

Une banale nuit de mardi à mercredi. Quatre heures du matin. Odeur de brûlé et branle-bas de combat. Notre chauffe-eau, situé au dessus de la douche, vient d’exploser. Ai-je dit que l’électricité est, comme le reste, approximative? J’espère que les bébés grenouille n’ont pas trop été traumatisés. Depuis, le chauffe-eau calciné est à côté de la chaise du gardien de notre maison, qui l’utilise comme repose-pieds.

En 2001, j’ai constaté que les arbres que j’avais plantés en 1992, au milieu d’un vaste espace vert, avec le président de la république, en présence de la télé nationale, avaient été rasés pour faire place à un bel échangeur moderne. En 2009, cet échangeur est à mi chemin entre un carrefour plutôt défoncé et un espace de stationnement. Par contre,  des fromages Babybel, on en vendait au Mali au printemps 1992, à l’été 2001, à l’hiver 2009 et on en retrouve toujours à l’automne 2009. La boule de cire rouge qui finit par devenir collante et tacher tout ce qu’on touche à force de jouer avec  est devenue symbole de continuité de mes périples africains. On a les repères qu’on peut!

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